POUR LES ESSAIS SUR LES EFFETS DE LA FOUDRE
September 10 – November 1, 2015
BIANCA ARGIMON

7 fragments pour B

1. Si nous nous plaçons dans le coin à gauche en entrant nous pouvons observer ce qui se passe dans la pièce. Puis, imaginer, la ville, la région, le pays, le continent et les océans.

2. Ce coin précis et autarcique est un monde. Le monde de B.

3. Inventaire des préoccupations de B aujourd’hui: incendies – guerres – effondrements – surveillance générale – aliénations diverses – conflits – frontières – catastrophes naturelles – accidents – manipulations – tempêtes d’information – etc bleu – etc rouge – etc jaune … Etc …

4. Ce coin raconte des histoires.

5. Une ironie absurde et extravagante chemine sous la surface de la feuille de papier nº1. Elle abrite une histoire d’enfance.

6. Donc, ce coin est un continent, un pays, une région, une ville, un quartier, une rue, un bâtiment, une étage, une pièce, et maintenant un mur sur lequel est accroché la feuille de papier nº2 qui abrite, elle, la lecture des journaux.

7. En réalité, la feuille de papier nº1 et la feuille de papier nº2 sont une seule et même feuille. Puisqu’il y a un dessin. Jean-Michel Alberola. Paris, septembre 2015.

 

Si le mode d’expression de prédilection de Bianca Argimon est le dessin, il s’accompagne d’un corpus d’oeuvres tridimensionnelles dont l’intertextualité touche par sa justesse et sa rigueur. Il en va de l’effort, de son ridicule comme de son ascèse dans les collages de Protein à la simplicité alliant poésie et radicalisme par rapport au monde virtuel dans lequel la plupart d’entre nous est contraint de vivre. L’apparence anodine et séductrice des couleurs douces et délavées de ses oeuvres est pareille au chant d’Hymnia et de ses muses, cachant des dessins plus sombres et des tourments plus profonds. Quels sont les hommes et femmes qui s’entrainent, dans cette cage dorée de poupée, pour quels corps améliorés, et pour aller où, puisque les portes sont closes, que la gym est vide, avec pour support la beauté plastique des appareils tels des scupltures impro- bables. Si le corps est à la fois omniscient et absent, l’effort, lui, est réel. Comme un pied de nez à la sueur et aux crampes, l’artiste décide donc de mettre la somme des pelures de gommes avenues lors de l’élaboration de ses dessins, dans une balance. Deux poids, deux mesures, quels efforts récompense-t-on et comment se récompense-t-on nous mêmes, en approchant ses oeuvres, en estimant le labeur, la cause ou les effets. C’est une question générale sur le rôle de l’art et le travail de l’artiste qui est soulevée ici, avec la légèreté égale d’une balance justicière à la ductilité d’un poids plume. Le négatif, l’effacé, l’annulé, prennent alors le devant de la scène et demandent : qui s’en contente, qui s’en balance?

Quand le monde n’est un bilboquet pyrogravé qu’un jeu de main peut faire échoir puis remon- ter, c’est un organisme fantasque à l’industrie complexe qui nous est dévoilé. Dociles, des vaches dessinées au crayon, une fois lavées, débarrassées de leurs taches, viennent s’abreuver, toiles blanches et vierges, de fruit loops afin d’en prendre les couleurs chamarrés. Industrie agro-ali- mentaire au fantasque sans limite n’ayant pour garde fou que la marge du papier, c’est un système sévere, une structure rigide et solide, pour une imagination folle. Dureté du fer, rigueur de l’abbattoir quand il n’est en fait question que de couleurs, d’enfance, de légèreté. Encore une fois les contrastes s’interpellent, se fondent, avec pour doux malaise la seule certitude d’etre face a une oeuvre en mouvement, qui ne concède rien au hasard et dont les ramifications se pour- suivent jusque dans nos coeurs et nos têtes, avec la puissance poétique d’un art prenant et surpre- nant qui pensait nous bercer alors qu’il nous bouleverse.

Lucas Leclère.