Caroline Corbasson

Born in 1989 in Saint-Etienne (FR) works and lives in Paris (FR).

Corbasson Caroline was born in France in 1989. She graduated with honors from the ENSBA in Paris in 2013. Her work, nourished by scientific observation of natural phenomena, was presented in France and internationally, in Tokyo, New York and London inter alia. In 2015, she was the guest of the Baltic Centre for Contemporary Art in Newcastle on the occasion of the exhibition, They Used to Call it the Moon. The following year, she took part in the first Paris Biennial Drawing at the Cité Internationale des Arts.

Inspired by the sciences, astronomy, natural phenomena and immense landscapes, Caroline Corbasson frees images from their context and objects from their functionality to extract their essence and redesign their reliefs. The economy of means, the density of the images and the rigorous choice of materials (coal, dust, ink, graphite) that characterize her production convey an aspiration to resist the infinite flows of images surrounding us. Her relationship to time and space is as free and singular as the media in which she expresses it. Her drawings, sculptures, videos and installations appear as images that carry a rereading of the world envisaged in an ontological and poetic perspective (…) Lionnel Gras

 

François-René Martin

L'Atlas des oublis

Caroline Corbasson s’intéresse aux étoiles, aux constellations, aux planètes, à l’astrophysique, à la voie lactée, aux télescopes, aux années-lumière. Elle s’intéresse aussi aux accidents climatiques, aux tornades, à la lumière polaire, aux éclipses… Elle forge également des objets étranges, comme ce grand cœur un peu inquiétant qui ressemble à une sphère armillaire, servant à mesurer sans doute quelque mouvement sentimental, ou bien à enfermer quelqu’un, comme dans une cage, et lui faire subir un châtiment remarquable. Elle protesta après que je me risquasse à le formuler ; c’est pourtant ce que je persiste encore à voir dans cette machine qui pourrait, j’en suis convaincu, autant servir à comprimer des corps très immédiats qu’à produire des unités métriques ou calculer le mouvement des corps célestes. Mais c’est d’un autre instrument dont je voudrais parler, qui tient cette fois du livre, de l’atlas, et de la carte.

*

Le texte est bien celui d’une histoire de l’art, comme il en existe, où chaque époque est constituée des artistes les plus marquants, représentés par une œuvre, forcément essentielle. Il doit s’agir d’un livre publié juste après la Seconde Guerre Mondiale, un très beau cartonnage, avec une typographie élégante, et où le texte vient entourer les reproductions d’œuvres, qui s’imposent au regard dans des cadres bordés par des liserés. Sous chacun de ces cadres, une légende – le nom de l’artiste, le titre de l’œuvre – vient faire écho au texte lui-même, conçu comme une longue suite de noms qui, en s’agrégeant, forment donc l’histoire de l’art. Il existe de telles histoires de l’art en grand nombre, mais celle-ci à quelque chose de particulier. Je ne veux même pas parler ici de cette luxueuse édition elle-même, que j’ai pu trouver moi-même à plusieurs reprises chez des bouquinistes. C’est de l’objet qu’elle a fabriqué, partant des planches de ce livre : une sorte d’histoire du ciel des artistes ; une carte permettant de naviguer dans l’histoire de l’art. Chaque vignette a été arrachée au point de colle qui la faisait tenir sur la page. Et dans chaque cadre figure maintenant une portion de nuit. Des nuits plus ou moins sombres, plus ou moins éclairées d’un tamis d’étoiles : à chaque page, à chaque nouvelle « reproduction », l’on s’interroge alors sur l’impossible correspondance entre le style d’un artiste, ce qui remonte immédiatement à la conscience à la simple évocation d’un nom, et la poussière de points lumineux disséminés sur un fond noir. La nuit dans laquelle sont plongés Mantegna et Michel-Ange semble être la même et si le noir de celle qui sert à définir les œuvres du second est plus intense, cela tient peut-être à la noirceur supposée de son caractère, de son âme.

Il suffit, du reste, de lire quelques pages de Vasari pour comprendre, d’emblée, en quoi la vie des artistes, celle de Michel-Ange très directement, est une histoire d’astres, de nuit, etc. « L’an 1474 donc, naquit sous une heureuse étoile, dans le Casentin, un fils qu’une épouse noble et vertueuse donna à Lodovico di Lionardo Buonarroti Simoni, que l’on prétend être un descendant de la noble et si antique famille des comtes de Canossa. […]. Ce fils lui naquit le 6 mars, qui était un dimanche, vers les huit heures de la nuit, et il le nomma Michel-Ange, parce que, n’y pensant pas autrement, mais par une inspiration d’en haut, il le regarda plutôt comme une créature céleste supérieure à la vie humaine, et, comme on le vit ensuite par son horoscope (Mercure et Vénus s’étant présentés avec un aspect bénin dans la deuxième maison de Jupiter), il montrait que cet enfant devait produire des œuvres admirables et étonnantes, grâce à sa main et à son génie. »  Le ciel avait parlé : la position des planètes donnait déjà une idée claire de la destinée exceptionnelle de cet enfant à qui il convenait de donner un prénom digne de tous ces présages. Heureuse étoile dans ce cas, mais est-ce alors le cas pour les autres artistes ? N’y a-t-il pas de mauvais ciels, avec des étoiles malheureuses ? Piero di Cosimo, par exemple, ou Paolo Uccello, dont on connaît les dispositions à l’excentricité pour le premier ou à la spéculation la plus envahissante pour le second ? Mais il faudrait alors savoir lire ces beaux ciels pour repérer quelque conjonction funeste. Tous les artistes n’ont pas eu cette chancede voir Mercure et Vénus se présenter avec un aspect bénin dans la deuxième maison de Jupiter…

**

Ainsi la physionomie de ces nuits semble parfois faire sens, pour peu que l’on puisse percevoir quelque particularité : pourquoi La Belle Zélie a-t-elle ce grand point lumineux, cette planète qui brille intensément, plus que celles qui sont parsemées chez Corot, à côté, si ce n’est pour attirer le regard, comme le ferait un grand grain de beauté sur un cou ? La nuit claire du Saint-François recevant les stigmates, de Giotto, prend la forme d’une image percée en une multitude de points. Quant à la nuit noire du Retable d’Issenheim, on se prend à imaginer qu’il s’agit du paysage même de Grünewald – ce paysage mort comme a pu l’écrire un historien de l’art -, ici déserté par les personnages de la Passion, laissant le dévot dans le rien, l’absence de scène. Il y a d’ailleurs dans ces « illustrations » quelque chose qui ressemble à un tombeau, comme si chacune de ces images noires était le cénotaphe de l’artiste. Un morceau du néant dans lequel ils sont plongés.

On pourrait aussi bien imaginer que chacune de ces nuits étoilées qui vient définir un artiste ne fait que confirmer, rendre visible, une poétique ancienne, laquelle voudrait que l’histoire de l’art prenne l’apparence d’une vaste scène nocturne ou bien d’une voûte céleste. Dans sa traque des artistes presque effacés du XVe siècle, pour lesquels il fallait inventer des noms de commodité, et dont les œuvres étaient dispersées, Charles Sterling ne se définissait-il pas comme un « chasseur dans la nuit » ? Ne cherche-t-on pas, à la suite de Roberto Longhi et de quelques autres, à reconstituer des « constellations » d’œuvres ? L’idée même de Panthéon artistique a quelque chose à voir avec celle de cosmos. La grande réunion des plus grands artistes de toutes les époques, peinte par Paul Delaroche dans l’amphithéâtre de l’École des Beaux-Arts, ressemble à une sorte de voûte céleste, ou chaque artiste vient figurer une planète tournant autour de quelques soleils, comme Raphaël ou Michel-Ange. Mais ce sont là sans doute des astres morts pour les artistes d’aujourd’hui comme pour ceux du XXe siècle, qui s’intéressent désormais à d’autres portions du ciel.

***

Ces nuits étoilées ont quelque chose à voir avec l’oubli, m’explique Caroline Corbasson. « J’ai un problème de mémoire avec tous ces artistes ». Ce trouble dans l’histoire de l’art est un trouble de la mémoire. Elle n’est pas la première à oublier certains noms d’artistes et à ne pouvoir les faire remonter à la conscience. J’ai moi-même tendance à commettre de pareils oublis, de noms, de dates, à chercher indéfiniment un patronymepourtant évident, et que je peine à retrouver. Freud, on le sait, ne parvenait pas à se souvenir du nom de Signorelli, l’auteur du Jugement dernier d’Orvieto – avec cette scène grandiose où les âmes sortent de terre – auquel il substituait ceux de Botticelli et de Boltraffio. Il s’en explique dans une lettre à Wilhelm Fliess puis dans Psychopathologie de la vie quotidienne : l’oubli, en réalité, était un refoulement, lié à un incident survenu en Bosnie, une conversation singulière avec un avocat berlinois qui avait fournile souvenir sous-jacent et refoulant. Voudrait-on imaginer les conversations qui sont à l’origine des innombrables oublis qui constituent l’histoire de l’art de Caroline Corbasson, qu’elle les tairait sans doute. Il en ressort, chez Caroline Corbasson, une histoire de l’art qui a une tonalité poétique particulière, proche du fantastique : un atlas d’oublis ; une longue suite de noms correspondant à des conversations dont elle ne nous révélera rien.

François-René Martin
Lyon, juin 2013

 

Selected solo Exhibitions

2015
Empty Pixels, Galerie Laurence Bernard, Geneva (CH)
Les Cieux-Cavernes, galerie l’inlassable, Paris (FR)
 

Selected Group Exhibition

2015
Art Genève, Galerie Laurence Bernard, Geneva (CH)
New Cartographers, SongWon Art Center, Seoul (KW)
Disparitions, Honoré #2, Galerie RueVisconti, Paris (FR)
Art-o-rama, Galerie Laurence Bernard, Marseille (FR)
Dark Frame / Deep field, Breese Little Gallery, London (UK)
Géodésie : L’Impossible Tracé, Galerie Odile Ouizeman, Paris (FR)
To Fill A Void, APT Gallery, London (UK)
Micro Salon #5, galerie l’inlassable, Paris (FR)
2014
Exodes, London Art Fair, galerie l’inlassable, London (UK)
Prix Icart-Artistikrezo, Espace Pierre Cardin, Paris (FR)
L’Oeil Invisible, galerie l’inlassable, New-York (US)
Biennale du dessin, Cité Internationale des Arts, Paris (FR)
Micro Salon #4, galerie l’inlassable, Paris (FR).
Bruno Albizzati / Caroline Corbasson, Galerie Antonine Catzelis, Paris (FR)
La Recherche, galerie l’inlassable at Boiler Room, Oslo (NO)
Pseudo-Museology, Dalla Rosa Gallery, London (UK)
Possibles d’un monde fragmenté, Palais des Beaux-Arts de Paris (FR)
Multiplied, Christies, London (UK)
Systemultra, Cross art, Tokyo (JP)
They Used To Call It the Moon Part II, Baltic Center for Contemporary Art, Newcastle (UK)
Pulsar, Observatoire Torino, Italy (IT)
Art first Gallery, London (UK)
They Used To Call It the Moon, Baltic 39, Newcastle (UK)
Trac(é)s, Perception Park, curated by Julie Crenn, Paris (FR)

2013
Micro salon #3, galerie l’inlassable, Paris (FR)
Mandrosagora, galerie l’inlassable, Paris (FR)
No Limits Just Edges, Maison de l’architecture, Paris (FR)
Hic Sunt Leones II, galerie l’inlassable, Basel (CH)
The Corner, curated by Oona Doyle, London (UK)
Viaggiatore Immobile, The Others Art Fair, Torino (IT)

2012
Micro Salon #2, galerie l’inlassable, Paris (FR)
Series of lines, Galerie Daniez & de Charette, Paris (FR)
2011
Micro salon #1, galerie l’inlassable, Paris (FR)
L’Or noir, galerie l’inlassable, Paris (FR)