PROVOQUER L’APPARITION
November 13 – December 22, 2015

With works by Anne Deleporte, Saïdia Bettayeb, Anaïs Ysebaert

PROVOQUER L’APPARITION Anne Deleporte, Saïdia Bettayeb, Anaïs Ysebaert, galerie l'inlassable
Saïdia Bettayeb, L’étrange ressenti du temps qui passe face au cadran d’une montre, 2015, cyanotype on cotton, 130 x 180 cm / 51,1 x 70,8 inches
Anaïs Ysebaert, Les absents series, 2015, Chinese ink on vintage photographs.
Anne Deleporte, Brush strokes, 2015, gesso on paper.

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Based on the idea dear to Sigmar Polke of provoked pictorial appearance, the gallery l’Inlassable is pleased to present a collective exhibition bringing together the recent works of Anne Deleporte, Saïdia Bettayeb and Anaïs Ysebaert in the window of the rue Dauphine and the space of the rue de Nevers.
From Saïdia Bettayeb’s latent images, visual accidents that the hazards of chemistry reveal to the eye, to Anne Deleporte’s rebus paintings from which emerge the everyday motifs that make up our collective unconscious, to the supernatural survivals that Anaïs Ysebaert reveals in old photographs, it is the birth of images that is at issue here.

In examining the nature and functioning of Saïdia Bettayeb’s works, expertise immediately comes up against an interweaving of techniques: neither totally photographic, since the blue monochrome prints obtained are only part of the whole, nor simply pictorial, since the canvas and the frame on which they are applied take on values other than those of surface and support. In this woven in-between, the subject in question goes beyond the field of the clear room for which it could have been intended. No doubt we need to return to one of the roots of the word photography – graphein, to paint, draw, write – to understand its link with painting, to understand that both mediums lead to an image. The poignant detail that interests us cannot be limited to one or the other. Saïdia Bettayeb does not wish to limit her images to photography or painting. It is in a desire to extend the halo of her images that her work can be fully grasped. In her own way, she participates in the imagination of water and air, forms and movements long studied by Gaston Bachelard. This imagination which, he tells us, « always presents itself as one beyond its images » and which « is always a little more than its images. « The artist’s imaginary world is therefore a crossroads. A path that wishes to cross the material to identify its poetic signs. Surface water, blue sky and constellations are thus diagnosed, controlled, detailed, and thanks to a light-sensitive mixture, appear on the fabric, or rather appear through the fabric and the wood of the frame, transparent. The present image acts a priori like a radio image. Slowly it becomes impregnated in us, and suddenly a prodigality of aberrant images explodes. In depth, the contrast and substance of the image reveal a successive set of images stacked one on top of the other. Each zone traversed gives rise to a new surprise, hitherto absent, showing a possible modication of the interlacing. A bluish interlacing praising dilution, where object, surface and support are equally concentrated in solution. These layers of modernity, both scientific and aesthetic, paradoxically destine us to an incomplete experiment: to estimate the material, to consider the qualities of each of its components, all or part of the manufacture is masked behind a sobriety and a light neutrality, hiding from view like a veil the emulsions reacting to light, and making any point of adhesion ever more null and void. A sky poor in matter, water on the surface equivocal, near and far contribute to a flatness that remains to be experienced, to be sought over its entire spectral range: a part of the object, of the screen, or of the wood, circulating in a perpetual coming and going of the images. The imaginary is expressed in this moment, in all its poetic dimension.

Mathieu Lelièvre
PROVOQUER L’APPARITION Anne Deleporte, Saïdia Bettayeb, Anaïs Ysebaert, galerie l'inlassable
Anne Deleporte, Mouth, 2015, gesso on paper
ID Stack n°5, 2015, ID photo
PROVOQUER L’APPARITION Anne Deleporte, Saïdia Bettayeb, Anaïs Ysebaert, galerie l'inlassable
Saïdia Bettayeb, L’étrange ressenti du temps qui passe face au cadran d’une montre, 2015, cyanotype on cotton, 130 x 180 cm / 51,1 x 70,8 inches
PROVOQUER L’APPARITION Anne Deleporte, Saïdia Bettayeb, Anaïs Ysebaert, galerie l'inlassable
Sadia Bettayeb, Le voile, 2015,  cyanotype and mixed media on cotton, 65 x 50 cm / 25,5 x 19,6 inches
Anne Deleporte, Yukon, 2015, gesso on paper
Anaïs Ysebaert, Les absents series, 2015, Chinese ink on vintage photographs

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Partant de l’idée chère à Sigmar Polke d’apparition picturale provoquée, la galerie l’Inlassable est heureuse de présenter une exposition collective réunissant les travaux récents d’Anne Deleporte, Saïdia Bettayeb et Anaïs Ysebaert dans la vitrine de la rue Dauphine et l’espace de la rue de Nevers.
Des images latentes de Saïdia Bettayeb, accidents visuels que les hasards de la chimie révèlent au regards, aux rebus paintings de Anne Deleporte desquels surgissent les motifs quotidiens constitutifs de notre inconscient collectif, en passant par les survivances surnaturelles que dévoile Anaïs Ysebaert sur les photographies anciennes c’est de la naissance des images qu’il est ici question.

A examiner la nature et le fonctionnement des oeuvres de Saïdia Bettayeb, l’expertise se heurte d’emblée à un entrelacement de techniques : ni totalement photographique, puisque les tirages bleus monochromes obtenus ne sont qu’une partie de l’ensemble, ni simplement pictural, car la toile et le châssis sur lesquels ils sont appliqués prennent d’autres valeurs que celles de surface et support. Dans cet entredeux tissé, le sujet dont il est question dépasse le champ de la chambre claire auquel il aurait pu être destiné. Sans doute faut-il revenir à l’une des racines du mot photographie – graphein, peindre, dessiner, écrire – pour comprendre son lien avec la peinture, pour comprendre que les deux médiums aboutissent à une image. Le détail poignant qui nous y intéresse ne peut se limiter à l’un ou l’autre. Saïdia Bettayeb ne souhaite pas limiter ses images à la photographie ou la peinture. C’est dans une volonté d’étendre l’auréole de ses images que son travail peut être pleinement saisi. A sa manière, elle participe à l’imagination de l’eau et de l’air, aux formes et aux mouvements longuement étudiés par Gaston Bachelard. Cet imaginaire qui, nous dit-il, « se présente toujours comme un au delà de ses images » et qui « est toujours un peu plus que ses images. » L’imaginaire de l’artiste empreinte dès lors un chemin de traverse. Un chemin qui désire traverser la matière pour en identifier les signes poétiques. Eau de surface, ciel bleu et constellations sont ainsi diagnostiqués, contrôlés, détaillés, et grâce à un mélange sensible à la lumière, apparaissent sur le tissu, ou plutôt apparaissent à travers le tissu et le bois du châssis, transparents. L’image présente agit a priori comme une image radio. C’est lentement qu’elle s’imprègne en nous, et qu’explose soudainement une prodigalité d’images aberrantes. En profondeur, le contraste et la substance de l’image révèlent un ensemble successif d’images empilées les unes au-dessus des autres. Chaque zone parcourue fait naître une nouvelle surprise, absente jusqu’alors, montrant une modification possible de l’entrelacs. Un entrelacs bleuté faisant l’éloge de la dilution, où objet, surface et support sont concentrés à égales importances dans la solution. Ces couches de modernité, aussi bien scientifiques qu’esthétiques, nous destinent paradoxalement à une expérience lacunaire : à estimer la matière, à considérer les qualités de chacune de ses composantes, tout ou partie de la confection se masque derrière une sobriété et une neutralité légère, dérobant à la vue tel un voile les émulsions réagissant à la lumière, et rendant toujours plus en tout point d’accroche. Un ciel pauvre de matière, une eau à la surface équivoque, le proche et le lointain concourent à une planéité qu’il reste à éprouver, rechercher sur toute son étendue spectrale : une partie de l’objet, de la trame, ou du bois, circulant dans un va et vient perpétuel des images. S’exprime enfin à ce moment, dans toute sa dimension poétique, l’imaginaire.

Mathieu Lelièvre