CE QUI RESTE ENTRE TEMPS
Kaï-Chun Chang
June 07 – July 07, 2018

Kai-Chun Chang, Ce qui reste du temps, Galerie l'inlassable
Kaï-Chun Chang, Mon miroir, ta fenêtre n°3, acrylic on canvas, 61 x 54 cm / 24 x 21,2 inches
Décalage horaire, acrylic on canvas, 130 x 240 cm / 51,1 x 94,4 inches

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Bergson recognized an artist by his ability to see reality naked and without veil; language, his words, imprison objects in their usual and ordinary visible form. Kaï-Chun Chang’s language, his eyes, know how to abstract themselves from conventions and grasp the layers and nuances that give things their consistency. He dares to go head to head with himself, to see. The artist wanders through the nebulous space of his mental landscape and picks up signs here and there, whose traces are scattered on the canvas by his hand. He leaves only a few elements to disturb the colourful expanses that unfold on his canvases: his painting is purified, to allow the colour to reveal itself fully. Since it is always more a question of colour than of form, the boundaries crumble, become porous. The painting is not always enough to contain the colour that comes to spread in the margins that the artist arranges in his paintings, included in the painting and yet always at the edge. It happens that the margin and the painting become totally confused. Between two paintings, one can see the wall on which they are hung. It no longer tends to disappear but becomes part of the composition of the painting which it punctuates with breaths. These paintings contain certain areas of colour that seem to have been cut out or removed: they are mysterious samples of a secret pictorial event.

Colour looks for places to lodge itself in the paintings, when it leaves the margins, it sneaks in and hides behind layers of transparent paint. Sometimes it opens up breaches that further underline the contrast between the more or less shimmering, textured or smooth and slippery surfaces when sanded. Then begins a silent dialogue in which the painting is the theatre of the relations that are woven within the pictorial material. The subtle relationships of brilliance and opacity give substance to phenomena that are usually imperceptible, such as the slight movements of the circulation of light. When brought to the surface, these phenomena cause a confusion of senses that makes the twitching of colours audible and the brilliance of light palpable. The pictorial material is freed from its weight, never from its density. It is vibrant, always on the surface and yet buried in the distance, it radiates in a final flicker. The gesture disappears little by little, not to mask its hesitation or to express its modesty: it does not inscribe marks or bite but releases a bare surface where the clues are silently deposited. The underlayers accumulate without confusion, do not lie, but gradually bring out what matters. The quest for harmony in the execution of his painting is a silent negotiation to make the air visible. He tames the surface of the canvas, apprehends the delicate materiality of this skin to let in diffuse light. It is a meticulous and precise work like a caress, which reveals a place in the epidermal expanse of the canvas.

The title he gave to his diploma exhibition « My Mirror, Your Window » is very representative of his work: In his language and in his eyes, his paintings are mirrors; for the rest of us, they are windows. Kaï-Chun Chang’s paintings are places of refuge, where one enters with the eyes and whose beauty consoles. They come from an incredible emotion which, in its generosity, offers itself to the glances and bewitches them.

Zélie Nguyen
Kai-Chun Chang, Ce qui reste du temps, Galerie l'inlassable
Kaï- Chun-Chang, Mon miroir, ta fenêtre n°4, acrylic on canvas, 73 x 54 cm / 28,7 x 21,2 inches
Tranché, acrylic on canvas, 130 x 10 x 3,5 cm / 51,1 x 3,9 x 1,3 inches
Passage n°7, acrylic on canvas, 130 x 97 cm / 51,1 x 38,1 inches
Refuge, acrylic on canvas, 50 x 50 cm / 19,6 x 19,6 inches
Kai-Chun Chang, Ce qui reste du temps, Galerie l'inlassable
Kaï-Chun-Chang, Décalage horaire, acrylic on canvas, 130 x 240 cm / 51,1 x 94,4 inches
Mon miroir ta fenêtre n°4, acrylic on canvas, 73 x 54 cm / 28,7 x 21,2 inches
Kai-Chun Chang, Ce qui reste du temps, Galerie l'inlassable
Kaï-Chun Chang, Mon miroir ta fenêtre n°3, acrylic on canvas, 61 x 54 cm / 24 x 21,2 inches
Décalage horaire, acrylic on canvas, 130 x 240 cm / 51,1 x 94,4 inches
Kai-Chun Chang, Ce qui reste du temps, Galerie l'inlassable
Kaï-Chun Chang, Mon miroir, ta fenêtre n°1, acrylic on canvas, 61 x 50 cm / 24 x 19,6 inches
Décalage
Horaire, acrylic on canvas, 130 x 240 cm / 51,1 x 94,4 inches
Kai-Chun Chang, Ce qui reste du temps, Galerie l'inlassable
Kaï-Chun Chang, Passage n°7, acrylic on canvas, 130 x 97 cm / 51,1 x 38,1 inches
Refuge, acrylic on canvas, 50 x 50 cm / 19,6 x 19,6 inches
Mon miroir, ta fenêtre n°1, acrylic on canvas, 61 x 50 cm / 24 x 19,6 inches
Kai-Chun Chang, Ce qui reste du temps, Galerie l'inlassable
Kaï-Chun Chang, Décalage Horaire, acrylic on canvas, 130 x 240 cm / 51,1 x 94,4 inches
Mon miroir,ta fenêtre n°4, acrylic on canvas, 73 x 54 cm / 28,7 x 21,2 inches
Tranché, acrylic on canvas, 130 x 10 x 3,5 cm / 51,1 x 3,9 x 1,3 inches
Passage n°7, acrylic on canvas, 130 x 97 cm / 51,1 x 38,1 inches
Kai-Chun Chang, Ce qui reste du temps, Galerie l'inlassable
Kaï-Chun Chang, Des lumières lointaines se répètent sur l’esprit, acrylic on canvas, 146 x 54 cm / 57,4 x 21,2 inches
Kai-Chun Chang, Ce qui reste entre temps, galerie l'inlassable
Kaï-Chun Chang, Des lumières lointaines se répètent sur l’esprit, 2018, acrylic on canvas, 146 x 89 cm / 57,4 x 35 inches

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Bergson reconnaissait un artiste à sa capacité à voir la réalité nue et sans voile; La langue, ses mots, emprisonnent les objets dans leur forme visible usuelle et ordinaire. Le langage de Kaï-Chun Chang, ses yeux, savent s’abstraire des conventions et saisir les strates et les nuances qui donnent aux choses leur consistance. Il se risque à un tête à tête avec soi, pour voir. L’artiste arpente l’espace nébuleux de son paysage mental et récupère des signes ça et là, dont sa main disperse les traces sur la toile. Il ne laisse que peu d’éléments perturber les étendues colorées qui se déploient sur ses toiles : sa peinture est épurée, pour laisser à la teinte l’espace de se révéler pleinement. Puisqu’il est toujours plus question de couleur que de forme, les limites s’effritent, deviennent poreuses. Le tableau ne suffit pas toujours à contenir la couleur qui vient se répandre dans les marges que l’artiste aménage dans ses peintures, comprises dans la peinture et pourtant toujours au bord. Il arrive que la marge et le tableau se confondent totalement. Entre deux tableaux, on aperçoit le mur sur lequel ils sont accrochés. Il ne tend plus à disparaître mais s’intègre à la composition de la peinture qu’il vient ponctuer de respirations. Ces peintures contiennent certaines zones de couleur qui semblent avoir été découpées ou prélevées : elles sont les mystérieux échantillons d’un évènement pictural secret.

La couleur cherche des endroits où se loger dans les tableaux, quand elle délaisse les marges, elle se faufile, va se cacher derrière des couches de peinture transparente. Parfois elle ouvre des brèches qui soulignent d’avantage le contraste entre les surfaces plus ou moins miroitantes, texturées ou lisses et glissantes à force de ponçage. Commence alors un dialogue muet où le tableau est le théâtre des relations qui se tissent au sein de la matière picturale. Les subtils rapports d’éclat, d’opacité, donnent corps à des phénomènes d’ordinaire imperceptibles, comme les légers mouvements de la circulation de la lumière; Ramenés à la surface, ces phénomènes provoquent une confusion des sens qui rendent audible le tressaillement des couleurs et palpable l’éclat de la lumière. La matière picturale se libère de son poids, jamais de sa densité. Elle est vibrante, toujours à la surface et pourtant enfouie au loin, elle irradie dans un ultime vacillement. Le geste disparait peu à peu, pas pour masquer son hésitation ou pour exprimer sa pudeur : il n’inscrit pas de marques ni de morsure mais libère une surface nue où les indices se déposent en silence. Les sous-couches s’accumulent sans confusion, ne mentent pas, mais font progressivement émerger ce qui compte. La quête de l’harmonie au moment de l’exécution de sa peinture est une négociation silencieuse pour rendre l’air visible. Il apprivoise la surface de la toile, appréhende la matérialité délicate de cette peau pour y laisser entrer une lumière diffuse. C’est un travail minutieux et précis comme une caresse, qui dévoile un lieu dans l’étendue épidermique de la toile.

Le titre qu’il donna à son exposition de diplôme « Mon miroir, ta fenêtre » est très représentatif de son travail: Dans sa langue et à ses yeux, ses tableaux sont des miroirs; pour nous autres, ce sont des fenêtres. Les tableaux de Kaï-Chun Chang sont des lieux de refuge, où l’on entre avec les yeux et dont la beauté console. Ils proviennent d’une émotion inouïe qui, dans sa générosité, s’offre aux regards et les envoûte.

Zélie Nguyen