I SHOT HIM DOWN
November 16 – November 18, 2012
GIULIA ANDREANI

A series of original paintings and drawings resulting from iconographic research at the Musée de la Résistance Nationale de Champigny-sur-Marne is here presented to the public. By evoking fights for liberty and at the same time calling the spectator to action, this exhibition questions current events through the means of representation of ‘history.’ In a period where the role of great men is to plant seeds of doubt rather than to grant certainty, the artist engages with a cultural landscape that works not to resolve crises but rather to create them. The installation is visible at both the vitrine at 18 rue Dauphine and in the gallery space at 13 bis rue de Nevers, where a shooting gallery invites the spectator to take up arms.

La peinture de Giulia Andreani est constituée d’une série d’apparitions bleutées, qui semblent surgir de l’espace de représentation, comme des blocs de présence. Elle travaille souvent à partir de documents photographiques évoquant une série d’étapes de l’Histoire du XXème siècle, notamment la Guerre Froide.

Par exemple, dans la série Forever Young, elle réalise le portrait des grandes figures dictatoriales du siècle passé — pour laquelle les dictateurs sont pris dans leur jeunesse, leurs visages parfois poupons ne présageant pas des temps sombres à venir — ; ou bien s’approprie une photographie du dernier anniversaire de la RDA dans une grande toile au titre ironique : Les Histoires d’amour finissent mal…en général. Dans cette dernière, en apparence inachevée, les silhouettes s’imposent au-delà du temps et des affres de l’Histoire, regardant le spectateur d’un œil spectral. Ces personnages font fortement penser aux photos de famille, à ces images de groupe utilisées par Gerhard Richter dans ses tableaux des années 1960, entre statisme et vibration de la disparition. Ce travail pictural, fondamentalement photographique — au sens où pour Roland Barthes la photographie doit traiter du « ça a été », comme une attestation physique du temps passé et à jamais disparu — interroge la mort inévitable de toute chose, et sa possible survivance fantomatique dans les images. Ici, c’est dans la technique même utilisée que le Temps est à l’œuvre : Giulia Andreani utilise une peinture acrylique très diluée, qu’elle applique presque comme de l’aquarelle sur une toile de coton, recherchant à la fois les effets de matière, d’ombres, de coulures et un effacement permanent. Ces images sont réalisées comme des monochromes, avec une seule teinte : le gris de Payne, qui est un mélange de noir, rouge et bleu, créant une teinte très particulière, entre le chaud et le froid ; une teinte un peu magnétique qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer le côté miroité des anciens daguerréotypes et des vieilles photos.

Toujours avec cette même teinte, Giulia Andreani travaille à partir de captures d’écran qu’elle extrait de films italiens des années 1950, ceux du Néo-réalisme ou de la comédie italienne, qui sont pour elle des portraits parfois grotesques d’une Italie dont elle mentionne en permanence le caractère tragique, qu’elle dépeint comme une société fortement machiste, dans laquelle il est difficile de peindre quand on est une femme. L’Italie, qu’elle a quittée depuis trois ans, est pour elle un pays tragi-comique, où tout le monde porte un masque, comme dans le théâtre pirandellien. C’est dans cette perspective qu’elle consacre une série aux momies des catacombes capucines de Palerme qui sont autant de fixations charnelles de la mort, parfaitement conservées, habillées comme pour sortir, dans des attitudes très théâtrales. Giulia Andreani dit elle-même être tiraillée entre le Nord et le Sud, l’histoire et le théâtre, pourrait-on dire.

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