POUR LES ESSAIS SUR LES EFFETS DE LA FOUDRE 

Bianca Argimon
September 10 – November 1, 2015

POUR LES ESSAIS SUR LES EFFETS DE LA FOUDRE Bianca Argimon, Galerie L'Inlassable
Bianca Argimon, La chasse, 2015, crayon sur papier, 125 x 155 cm / 48,7 x 60,4 inches

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If Bianca Argimon’s preferred mode of expression is drawing, it is accompanied by a corpus of three-dimensional works whose intertextuality touches by its accuracy and rigour. The effort, the ridicule and the asceticism in Protein’s collages, and the simplicity combining poetry and radicalism in relation to the virtual world in which most of us are forced to live, are at stake. The innocuous and seductive appearance of the soft, faded colours of his works is like the song of Hymnia and her muses, hiding darker drawings and deeper torments. Which men and women are training, in this gilded doll’s cage, for which improved bodies, and to go where, since the doors are closed, the gym is empty, supported by the plastic beauty of the machines like improbable sculptures. If the body is both omniscient and absent, the effort is real. Like a thumb to sweat and cramps, the artist therefore decides to put the sum of the peels of erasers during the elaboration of his drawings, in a scale. Double standards, what efforts are rewarded and how do we reward ourselves, by approaching his works, by estimating the toil, the cause or the effects. It is a general question about the role of art and the work of the artist that is raised here, with the equal lightness of a justiciere scale to the ductility of a featherweight. The negative, the erased, the cancelled, then takes centre stage and asks: who is satisfied, who doesn’t care?

When the world is only a pyrographed bilboquet that a hand game can make fall and then rise again, it is a whimsical organism with a complex industry that is revealed to us. Docile, pencil-drawn cows, once washed, cleared of their stains, come to drink, white and virgin canvases, fruit loops in order to take on the colourful colours. A food industry with no limits to its whimsicality and with only the margin of paper as a guard rail, it is a severe system, a rigid and solid structure, for a crazy imagination. The hardness of iron, the rigour of the slaughterhouse when in fact it is only a question of colours, of childhood, of lightness. Once again, contrasts are called into question, merge, with the only soft uneasiness being the only certainty of being in front of a work in movement, which concedes nothing to chance and whose ramifications follow themselves into our hearts and heads, with the poetic power of a fascinating and surprising art which thought to rock us while it upsets us.

Lucas Leclère

Bianca Argimon, Draps noués, 2017, crayon Lightfast sur papier, 146 x 114 cm / 56,9 x 44,4 inches
POUR LES ESSAIS SUR LES EFFETS DE LA FOUDRE Bianca Argimon, Galerie L'InlassableBianca Argimon, Botox, 2016, techniques mixtes sur papier, 76 x 107 cm / 29,6 x 41,7 inches

POUR LES ESSAIS SUR LES EFFETS DE LA FOUDRE, BIANCA ARGIMON, galerie l'inlassable
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Bianca Argimon, Protéines de I à V, 2015, collages, 49x 31 cm, 29 x 34 cm, 41 x 36 cm, 44x 36 cm, 33 x 38 cm.
Muscell, 2015, wood, aluminium, polyurethane, 46,5 x 44,5 x 80 cm.
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Bianca Argimon, Forchlorfenuron, 2015, mixed techniques, 31,5 x 13 cm, 70 x 41 cm, 105 x 74,5 cm
 + Z ou  + del, 2015, pharmaceutical balance and gum dust recovered after completion of the set « rouge, bleu #2, curcuma, jaune #6, oxyde de zinc, annetto, bleu #1« , 12 x 8 x 4 cm / 4,7 x 3,1 x 1,5 inches
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Bianca Argimon, Chasseur chassé, 2013, colored pencils, 125 x 155 cm / 49,2 x 61 inches
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Bianca Argimon, Piggyleaks, 2013, ceramic, 12 x 14,5 x 28,5 cm / 4,7 x 5,7 x 11,2 inches
Bianca Argimon, Locust, 2014-15, colored pencils, 115 x 85 cm / 45,2 x 33,4 inches
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Bianca Argimon, La faim est proche, 2015, intervention on wooden toy, 21 x 14 cm / 8,2 x 5,5 inches
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Bianca Argimon, Good Job !, 2014, stone carving, 28 x 12 x 50 cm / 11 x 4,7 x 19,6 inches
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Bianca Argimon, Sans titre, 2015, wood lathe, pyrography, 21 x 8 cm / 8,2 x 3,1 inches
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Bianca Argimon, La Guerre, 2015, pyrography, wooden box, 10 x 18 x 4 cm / 3,9 x 7 x 1,5 inches
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Bianca Argimon, Pour les essais sur les effets de la foudre. Pace, 2015, enamel ceramic, 15 x 15 cm / 5,9 x 5,9 inches
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Bianca Argimon, La traversée, 2014, colored pencils, 115 x 115 cm / 45,2 x 45,2 inches
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Bianca Argimon, Rouge #40, Bleu #2, Curcuma, Jaune #6, Oxyde de Zinc, Annetto, Bleu #1, 2015, colored pencils, pyrography, installation of 7 variable formats (from 21 x 20 cm to 82 x 114 cm)

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Si le mode d’expression de prédilection de Bianca Argimon est le dessin, il s’accompagne d’un corpus d’oeuvres tridimensionnelles dont l’intertextualité touche par sa justesse et sa rigueur. Il en va de l’effort, de son ridicule comme de son ascèse dans les collages de Protein à la simplicité alliant poésie et radicalisme par rapport au monde virtuel dans lequel la plupart d’entre nous est contraint de vivre. L’apparence anodine et séductrice des couleurs douces et délavées de ses œuvres est pareille au chant d’Hymnia et de ses muses, cachant des dessins plus sombres et des tourments plus profonds. Quels sont les hommes et femmes qui s’entrainent, dans cette cage dorée de poupée, pour quels corps améliorés, et pour aller où, puisque les portes sont closes, que la gym est vide, avec pour support la beauté plastique des appareils tels des sculptures improbables. Si le corps est à la fois omniscient et absent, l’effort, lui, est réel. Comme un pied de nez à la sueur et aux crampes, l’artiste décide donc de mettre la somme des pelures de gommes avenues lors de l’élaboration de ses dessins, dans une balance. Deux poids, deux mesures, quels efforts récompense-t-on et comment se récompense-t-on nous mêmes, en approchant ses œuvres, en estimant le labeur, la cause ou les effets. C’est une question générale sur le rôle de l’art et le travail de l’artiste qui est soulevée ici, avec la légèreté égale d’une balance justicière à la ductilité d’un poids plume. Le négatif, l’effacé, l’annulé, prennent alors le devant de la scène et demandent : qui s’en contente, qui s’en balance?

Quand le monde n’est un bilboquet pyrogravé qu’un jeu de main peut faire échoir puis remonter, c’est un organisme fantasque à l’industrie complexe qui nous est dévoilé. Dociles, des vaches dessinées au crayon, une fois lavées, débarrassées de leurs taches, viennent s’abreuver, toiles blanches et vierges, de fruit loops afin d’en prendre les couleurs chamarrés. Industrie agro-alimentaire au fantasque sans limite n’ayant pour garde fou que la marge du papier, c’est un système sévère, une structure rigide et solide, pour une imagination folle. Dureté du fer, rigueur de l’abattoir quand il n’est en fait question que de couleurs, d’enfance, de légèreté. Encore une fois les contrastes s’interpellent, se fondent, avec pour doux malaise la seule certitude d’être face a une œuvre en mouvement, qui ne concède rien au hasard et dont les ramifications se pour- suivent jusque dans nos cœurs et nos têtes, avec la puissance poétique d’un art prenant et surprenant qui pensait nous bercer alors qu’il nous bouleverse.

Lucas Leclère